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mardi, avril 20, 2021

L’arbitraire (Par Adama Gaye)

Le Sénégal est en émoi, sur une pente explosive. Sur fond d’un puits gazier en feu, éjectant des tonnes de gaz à effets de serre dans l’atmosphère, il sent le souffre. Et, avec le charivari provoqué par la levée de financements (réussie) par le Parti politique Pastef, on peut dire, sans risque d’être démenti que l’année 2021 ne pouvait plus mal commencer tant prévaut une confusion générale, symbole d’un Etat en liquéfaction, dont nul ne sait où elle débouchera.

Le climat délétère est alourdi par une pandémie devenue incontrôlable, folle, ravageuse. La panique est l’unique horizon.

Chez les religieux et politiques, l’effroi est palpable, et tous s’en remettent au ciel, tandis que, laissé à son sort par un pouvoir d’Etat dépassé et englouti par les défis qu’il a ignorés par imprudence et impéritie, le peuple ne sait plus à quel saint se vouer.

Osons-le dire, c’est dans cette atmosphère où le Sénégal est en proie aux incertitudes les plus graves sur son avenir qu’une mèche fatale est mise sur la poudrière qui n’attendait que ça.

On savait que le pays s’acheminait vers le pire, il y est arrivé, et de la manière la plus fulgurante, par le biais d’un accélération de l’arbitraire ambiant depuis la venue aux affaires d’un régime plus soucieux de sa préservation par tous les moyens que d’améliorer les conditions de vie des populations encore moins de faire prospérer le patrimoine matériel et immatériel de la nation.

L’arbitraire est devenu sa principale arme. Arrestations illégales en série de tous ceux qui osent, s’appuyant sur leurs droits constitutionnels, l’affronter. Discours martial, de menaces, envers des Sénégalais sommés d’être au garde-à-vous, en clair de ne rien dire sur les méfaits de ses dirigeants. Contrôle des organes de presse et leur assujettissement afin qu’ils servent la seule vulgate du pouvoir, celle de son chef d’abord, comme on l’a vu lors de son pittoresque show de fin d’année relayé par tous les organes de presse dans une stratégie d’occupation du terrain médiatique que n’auraient pas reniée les pires propagandistes ayant servi les fascistes de tous les temps. Volonté de brider les flux d’information sur l’internet, sans craindre le ridicule qu’un tel projet porte, semblable à un effort de contenir la mer avec des bras. Enfin, en plus de donner les leviers financiers et politiques du pays à ses obligés les plus zélés, Macky Sall, plus que son soldat de première classe, Antoine Diome, figurant et marionnette s’il en est, a donc décidé de faire monter en gammes ses dérives arbitraires en menaçant de dissoudre le parti Pastef.

L’arbitraire est le signe distinctif des autocraties et des fascismes. Le danger, quand on l’aperçoit, c’est de ne pas le combattre, c’est de le banaliser, c’est surtout de croire que ses conséquences ne s’arrêteront qu’aux cibles qu’il semble désigner.

C’est ainsi que, rappellent les exégètes de la Shoa, le génocide Juif sous Hitler, il a fallu d’abord une passivité des populations Allemandes, celles de la race Aryenne, pour que petit à petit le Troisième Reich pût effectuer ses purges en visant les personnes typées juives, les marquant au fer d’une croix jaune, avant de les envoyer dans les fours crématoires de Buchenwald, Auschwitz et autres lieux devenus tristement célèbres.

La suite, on la connaît : une guerre mondiale avec des dizaines de millions de morts et surtout des vies détruites qui n’épargnèrent pas ceux qui avaient préféré être des spectateurs quand la logique de l’arbitraire prenait son envol.

Que nul ne vienne ici nous rétorquer que les cas sont différents. De degré, ils peuvent l’être ; non de nature. Ce que nous constatons, c’est une restriction, une fermeture, des libertés ; le dévoiement des institutions et des moyens de l’Etat ; l’inégalité des citoyens devant la justice ; ou encore, sans être exhaustif, la montée en puissance de tous les périls démocraticides, éthnicistes, ploutocratiques…

On ne reviendra pas sur les crimes financiers qu’induit cette volonté de faire taire un peuple volubile par excellence, acquis aux réflexes du débat démocratique depuis la nuit des temps, puisqu’une reddition des comptes se fera tôt ou tard.

Il convient juste, ce matin, malgré les tentatives plantées çà et là de faire accroire que la levée de fonds de Pastef a pu être infiltrée par des donateurs non qualifiés (des étrangers actionnés pour cette raison par le pouvoir), de rappeler à la bête immonde que l’arbitraire ne passera pas. Nous nous y opposerons avec notre dernière énergie et, en interpellant les partenaires de notre pays, qui sont, d’une certaine manière, des garants de notre stabilité et de notre démocratie, que le recours à la force brute, symptomatique de ce régime en déperdition, n’est pas sénégalais.

J’invite tous les Sénégalais à se lever comme un seul homme pour dire NON, non et non à cet arbitraire. Je le fais avec humilité en sachant qu’au-delà de ma personne (illégalement détenue naguère et contrainte à l’exil), de celle d’Assane Diouf (torturé et privé de sa liberté) et d’autres victimes, de biens fonciers ou contractuels, voire de déni d’équité dans la distribution des possibilités publiques, ce qui se passe avec Pastef n’est qu’un pas de plus dans la descente d’un régime diabolique vers les abysses de la destruction de notre pays. Pour continuer, tels des vautours, à se nourrir de ses restes.

L’arbitraire doit être combattu et contenu, ici et maintenant. C’est l’appel que nous lance notre destin. Ne pas y répondre, c’est être un soutien à la dictature rampante. Nous sommes les plus forts, des vents favorables portent notre combat collectif pour sauver notre pays de cet arbitraire qui le consume.

Adama Gaye*, Exilé Sénégalais au Caire, est un opposant au régime de Macky Sall.

Ps : Je ne sais pas vous mais moi je me demande au nom de quoi l’Etat du Sénégal doit payer à Haliburton, la firme de services pétro-gazier de Dick Cheney, l’ancien vice-président raciste des USA, la somme de 2 milliards de francs CFA pour fermer le puits gazier en feu du champ gazier de Ngadiaga ? On peut s’étonner que Forteza, la société qui l’exploite et en tire d’importants revenus, n’est pas en devoir de couvrir les frais de fermeture de ce puits ? N’a-t-elle donc pas souscrite une assurance sur ses équipemnts ? Quid de la couverture de son personnel ?
Il est vrai que le gaz de Ngadiaga, au lieu de rapporter de l’argent au trésor public, enrichit ses propriétaires privés, Macky Sall, Ousmane Ndiaye (son transhumant ex-patron à Petrosen) et Rogers Beall, le Texan qui gère Forteza. On comprend pourquoi l’arbitraire vise prioritairement à faire taire les voix de ceux qui savent…

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