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mardi, décembre 1, 2020

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Juillet: D’une prison à l’exil…Lettre indirecte à Macky SALL

Qui ne se souvient pas, comme moi, que ce 1er jour de juillet renvoie à ce mois-ci voici un an et à la violence d’état, physique et psychologique, exercée sur ma personne, illégitimement, ne peut comprendre pourquoi depuis lors mes salves scripturales et orales déferlent, sans gants, vers l’auteur de l’inqualifiable acte auquel j’ai été soumis.

Pratiques de dissipation
Souvenez-vous. C’était l’aube du 29 juillet 2019.
Parce qu’il ne pouvait plus supporter de vivre avec ma résistance argumentée et documentée à ses multiples forfaits, mettant à nu ses pratiques de dissipation, de prédation et de dissolution des actifs, tangibles et intangibles, de notre pays, Macky SALL s’était décidé à me faire taire. Il avait enrôlé dans cet illegal projet un indigne individu dont le nom ne mérite plus d’être cité.

Alors qu’un an s’est écoulé, je reviens sur cet épisode qui a vu débarquer à mon domicile des agents de sécurité chargés de capturer ma liberté et d’emprisonner mon corps.

Je le fais parce qu’il est de ces événements qui ne doivent jamais être oubliés. Je le fais surtout parce que beaucoup de jeunes compatriotes, par milliers, me lisent tous les jours et doivent savoir, garder en mémoire ce que ce déploiement de la violence d’état, à son pire, signifie dans la deconstruction de notre idéal de vie et donc de notre projet démocratique.

Je le fais aussi parce que beaucoup parmi les plus âgés, dont de nombreux compagnons de vie, peuvent s’étonner de la virulence de mon langage en direction de ceux qui m’avaient offensé. Ils gardent le souvenir du citoyen racé, au verbe ondoyant, de naguère quand dans un Sénégal moins brutal les propos étaient très soyeux.

J’écris ces mots d’une terre d’exil. Mon univers écarte, pour le moment, le pays qui m’est le plus cher : Le Sénégal ! J’y suis personae non-grata non pas parce que j’ai commis quelque crime mais du fait d’un régime ayant décidé de se servir illégitimement, illégalement, de la puissance publique pour subjuguer, faire taire, quiconque s’évertue à exercer les droits constitutionnels, la liberté de pensée et d’expression, qui lui permettent de le critiquer surtout quand les raisons n’en manquent pas.

Point n’est besoin de revenir ici sur les multiples viols des libertés démocratiques ayant fini de transformer notre pays en pitoyable charade.

J’écris loin du Sénégal parce que des cerbères et un pouvoir fou, irrespectueux des normes constitutionnelles, ne rêvent que de mettre fin à ma vie, de m’ôter ma liberté physique, en un mot de mettre leurs genoux, à la Derek Chauvin, sur le cou du potentiel George Floyd que je serai entre leurs mains.

Non par choix
J’écris d’une vie entre Le Caire, l’Europe et les Usa, non par choix mais contrainte.

Qui ose nier qu’il s’agit là d’une violence inouïe que seul un déni de mes droits à me sentir en sécurité dans mon pays me fait subir?

On oublie souvent que la Constitution, loi fondamentale de tout pays, donc du notre, ne dispose pas seulement des libertés qu’elle garantit. Elle est aussi le siège des avancées économiques qu’elle doit ouvrir pour le citoyen, son confort matériel, son droit de vivre.

Tant que le Sénégal fut une terre civilisée où les échanges humains étaient encadrés par des règles consensuellement consenties, tirées de ses meilleures pratiques internes et celles importées, les querelles interpersonnelles se réglaient avec tact.

Nous pouvions militer pour la démocratie, le développement, les droits humains, en exerçant les libertés y relatives sans jamais employer de gros mots ni de figure de style qui peuvent donner à vomir.

Ce que nous avons vécu ces 20 dernières années a changé les ternes du dialogue. Le discours raffiné n’est plus audible. S’il en est ainsi, c’est parce qu’un certain Macky SALL, pour faire plaisir à son dieu d’alors, avant qu’il ne le trahisse, avait aidé à la mise en place de journaux, tel Il est Midi, pour s’occuper de salir et d’insulter d’honnêtes citoyens.

Sa violence excessive pour faire passer ses ambitions tout en les moulant dans des propagandes médiatiques qui l’ont fait passer pour un doux agneau explique largement le retour de manivelle, brutal et sanglant, que je lui renvoie. Il est le déclencheur de cette spirale des insanités dont il se plaint et en souffre.

Moko deff…que celles et ceux qui blâment ses contradicteurs lui rappellent qu’il n’aurait jamais dû commencer mais qu’il ait le cran de subir la recette qu’il a popularisée.

Ce glissement sémantique qu’il a inventée s’accompagnait d’une autre dérive plus fine mais hypocrite.

Dire la vérité, parler son esprit (speaking one’s mind) ou s’opposer face à un pouvoir ne rêvant que d’un unanimisme et d’un silence complets pour mener ses coups tordus, devenaient inacceptables dans une société sénégalaise progressivement enveloppée d’un voile de mensonge.

Défaite sociale
Écoutez, traquez, les termes de la défaite sociale: ils se nichent partout, jusque surtout derrière des concepts et formules relevant de la religion.

Quand on vous hurle le vendredi “Jummah Mubarak”, quand avant de vous dire “venez manger”, on vous sort des prières et on vous raconte toute une vie, c’est que ce pays avance dans la fabrication langagière, dans la manufacture de nouvelles vérités.

Que j’évoque dans une interview mes liens de parenté avec le Khalife des mourides, en réponse à une question qui m’a été posée en ce sens, il se trouvera quelqu’un pour me dire, des mois plus tard: “chez nous ce n’est pas comme ça qu’on fait référence à notre guide”.

Je suis dépassé: comme si la descendance du prophète n’est pas mentionnée?

Quand mes geôliers sont venus me prendre en otage, très peu de mes compatriotes n’y avaient trouvé à redire. La plupart était alors mitraillée par la légende qu’ils avaient bâtie pour me ferrer.

Ce n’est qu’en opposant une résistance surhumaine, intransigeante, et grâce aux relais dignes au sein et hors de la société nationale, surtout dans sa Diaspora portée par la techtonique des plaques, que les faux procès, les diffamations et les campagnes de dénigrement contre ma personne ont pu être débusqués et démantelés.

Pouvoir de non-droit
Un an plus tard, de mon exil, je compte les points négatifs portés à notre pays par la culture de l’abdication face à l’exercice d’un pouvoir de non-droit et plus pernicieusement encore par une culture ambiante faite de silences, de circonvolutions, de pusillanimité, de refus de parler la vérité au pouvoir, de compromissions voire d’alignement contre ceux qui osent encore rester debout.

Je le répète une dernière fois: je resterai de ce camp. Celui de ce qui est droit et juste.

Les mots pour le dire ont pu être violents, ont dû même écorcher de nombreuses oreilles chastes. Je m’évertuerai à tenir compte des leçons sues.

Mais qu’on se le dise comme premières leçons de mon arbitraire détention du 29 juillet au 20 septembre 2019:
-en payant des mercenaires de la plume et du verbe pour tenter de m’insulter, en actionnant illégitimement la puissance d’état contre ma personne et mes droits, Macky SALL à récolté la tempête du vent qu’il a semé;
-parce que je le sais inaudible à tout langage décent, je lui sers ce qu’il connaît jusqu’au jour où il me prouvera qu’il est devenu normal;
-en imposant une novlangue articulée autour de faussetés verbales, de rites hypocrites, la société sénégalaise, dans ses pratiques de tous les jours n’est plus en phase avec ce que je considère comme l’idéal d’une société équilibrée, honnête, sacerdotale: je veux donc œuvrer à son changement moins par prétention prophétique que par devoir. Notre société, fracassée dans ses plus profonds fondements, ne peut plus faire l’économie d’une remise en question, d’un autre départ;

Le risque d’une telle pérestroïka, restructuration selon le mot rendu célèbre par le soviétique Mikhaïl Gorbatchev, c’est la solitude dans l’action. Sauf à vouloir accepter d’être encadré par les nombreux compatriotes qui ne sont agis que par leurs intérêts personnels. J’en ai vu parmi ceux qui me visitaient en prison et je continue d’en voir alentour.

De mon exil, alors que continue ma rédemption post-carcérale, une certitude simple m’habite: on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs.

On ne changera pas non plus cette société malade et appauvrie qui est la nôtre sans se faire des ennemis, sans nommer violemment les choses et les êtres, sans déconstruire pour rebâtir.

Sortons de nos douces illusions et rebâtissons dans la douleur et la vérité. Les mensonges et la capitulation ont fait le lit des causes du malheur national que plus personne n’ose désormais nier.

Dans ces conditions qui valident mes postures intangibles, ce que j’abhorre le plus ce sont les conseils et contrôles que je vois monter de toutes parts d’une société sénégalaise dont les modes de fonctionnement et ses silences face à l’injustice ont fini ce me convaincre qu’elle n’a pas le logiciel de valeurs auxquelles je crois.

Tentons autre chose. Persister dans l’erreur, dans la bêtise, relève d’une malédiction. Nous méritons mieux que nos mensonges et capitulations. Un sursaut relève de la lucidité : tel est le chemin, chers compatriotes !

Adama Gaye*, auteur de: Otage d’un État, Éditions l’harmattan (Paris).

Ps: Ce culte de la capitulation est incarné par un Amadou Ba qui ose penser que Macky SALL peut diriger le Sénégal jusqu’en..,2035. J’ai honte.

Par Adama Gaye* (Le Caire, 1er Juillet 2020)

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