Home A LA UNE L’avertissement Malien: « Quand un peuple est dos au mur, il est capable de tout » (Par Seybani Sougou)

L’avertissement Malien: « Quand un peuple est dos au mur, il est capable de tout » (Par Seybani Sougou)

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L’avertissement Malien: « Quand un peuple est dos au mur, il est capable de tout » (Par Seybani Sougou)

Les 05 et 19 juin 2020, des centaines de milliers de citoyens maliens se sont mobilisés, réunis à la place de l’Indépendance de Bamako, pour réclamer la démission du président Ibrahima Boubacar Keita. Les élections législatives d’avril 2020 ont mis le feu aux poudres ; l’élément déclencheur de cette forte contestation du régime en place, sur fond d’insécurité, de mal gouvernance et d’énormes scandales de corruption. Alors que les résultats provisoires annonçaient 43 députés pour le parti au pouvoir, les résultats définitifs publiés par la Cour Constitutionnelle ont attribué au parti au pouvoir, d’Ibrahima Boubacar Keita, 10 sièges supplémentaires. Une fraude réalisée avec la complicité de la Cour Constitutionnelle, dont 4 de ses membres ont démissionné, avec fracas.
De nombreux mouvements citoyens, des organisations de la société civile et des partis politiques d’opposition ont répondu massivement à l’appel d’un guide religieux, l’Imam Mahmoud Dicko, fondateur de la Coordination des mouvements, associations et sympathisants (CMAS) et figure emblématique de cette contestation inédite, dont le dénominateur commun est la dénonciation « du mensonge, de la gabegie du régime, du népotisme, des malversations, et des détournements de deniers publics ». Dérouté par cette alliance hétéroclite qui exige sa démission, le Président Ibrahima Boubacar Keita, dans une sorte de sauve-qui-peut, multiplie les reculades et est prêt à toutes les concessions : tenue de nouvelles élections partielles, formation d’un gouvernement d’union nationale, etc… Acculé, au pied du mur, IBK ne compte plus que sur la médiation de la CEDEAO, une médiation, qui, pour l’instant s’est soldée par un cuisant échec, la figure du mouvement, l’Imam Mahmoud DICKO, affirmant sa détermination de continuer la mobilisation jusqu’à l’atteinte de l’objectif (démission d’IBK).
S’il ne faut pas souhaiter que le Mali bascule dans l’anarchie et du côté obscur, une situation qui pourrait déstabiliser la sous-région, (le péril djihadiste est toujours présent), il convient de souligner clairement que l’actuel président Ibrahima Boubacar Keita est le premier et unique responsable du chaos actuel au Mali. De fait, on aurait donc tort de ne voir dans les événements en cours au Mali qu’une dimension purement religieuse. Comme l’a dit si bien Alioune Tine, Directeur d’Africa Joom Center, une telle analyse est simpliste et biaisée. En réalité, l’Imam Mahmoud Dicko est le catalyseur d’un ras de bol du peuple malien qui souhaite refermer plus tôt que prévu (démission du président avant le terme de son mandat), la parenthèse d’un régime qui s’appuie sur une justice instrumentalisée et la cour constitutionnelle pour éliminer des candidats, et fabriquer de faux électoraux dans l’unique but de conserver le pouvoir. Honni par une frange importante du peuple malien, IBK en est réduit à supplier qu’on le laisse terminer son mandat. L’irruption spectaculaire et inattendue de l’Imam Mahmoud Dicko et l’espérance qu’il suscite (son discours trouve ses ressorts dans un populisme religieux), traduit incontestablement la faillite de l’état malien et l’effondrement des partis traditionnels (la nature a horreur du vide).

Disons-le clairement, ce qui se passe actuellement au Mali pourrait demain s’étendre dans d’autres pays de la sous-région, que ce soit en Guinée, ou au Sénégal.
Quand un peuple est dos au mur, il est capable de tout.
Seybani SOUGOU

Nb : Au moment où ces lignes sont écrites, j’ai appris que l’apprenti dictateur Macky Sall a encore frappé avec l’arrestation arbitraire du commissaire divisionnaire, à la retraite, Boubacar Sadio, dont je reprends textuellement les termes : « Le Sénégal est malade de la perversion des principes républicains et de la déliquescence morale de ses dirigeants ». Charles Péguy, disait à juste titre « qui ne dit pas la vérité quand il la sait se fait le complice des menteurs et des faussaires ».

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