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mercredi, janvier 27, 2021

L’Etat fiévreux…(Par Adama Gaye)

La marche vers le chaos s’accélère. En musique. Dans un climat lourd où une pandémie, le coronavirus, somme toute gérable, dévoile au grand jour les failles et faillites de l’Etat sénégalais. Nous sommes témoins de son entrée dans une phase de déliquescence, une liquéfaction ultra-rapide, qui en dit long sur ses faiblesses.

Une nouvelle preuve en a été apportée hier, dans un roulement de rrrrr plus bruyant que les assourdissants tambourinaires du Burundi, par l’image d’un officiel national, qui lisait la mesure supprimant sur 30 jours les vols vers et en provenance (de) notre pays.

Ton grave mais trahi par une peur sourde, son message a plus qu’accentué la confusion.

A un peuple en besoin d’assurances, son timbre frileux de voix a en effet plutôt transmis l’état général de panique, de perte de sang froid, qui s’est saisi du pouvoir incompétent, à la tête du Sénégal, en ces heures aussi dangereuses.

Succession de perles
Depuis le début de cette crise épidémiologique, il en est ainsi d’une succession ininterrompue de perles et bourdes qui ont fini, avec l’aide de ses officiels, de faire du Sénégal le pays qu’elle a le plus fragilisé à ce jour.

On garde déjà en mémoire les gamineries et les indécisions déclenchées à l’aube de son surgissement quand il s’était agi de trouver une réponse à la problématique posée par nos étudiants établis à Wuhan, dans le centre de la Chine, d’où toute la psychose est partie.

Passons sur la cacophonie et les shows des habituels comédiens malgré l’irresponsabilité qu’ils démontraient en s’érigeant, d’emblée, en porteurs de solution à un défi transcendant de simples considérations sanitaires mais systémique et disrupteur, rare !

Il a fallu attendre un mois de tâtonnements et de zizanies, pendant que la pandémie s’installait tranquillement dans le pays, avant qu’il y a trois jours, Macky SALL, l’illégitime President, ne consente à faire un discours qui a projeté plus fortement encore l’image d’un État navigant à vue d’oeil, avion sans pilote, plus fiévreux que serein devant la catastrophe ambiante.

Les félicitations imméritées suscitées par sa sortie, venant des rangs d’une opposition aussi dépassée, incapable, et d’une société civile corrompue, n’ont fait que brouiller davantage la situation.

Revenons un peu en arrière pour un rapide survol de ce qui pourrait être un film sur ce qu’un État ne doit pas faire.

Il y a eu d’abord les cris de détresse, de peur-panique, d’un président amateur qui a encouragé le virus loup à forcer les portes du pays. Un temps long s’est ensuite écoulé avant qu’une stratégie de lutte n’émerge face à la pandémie qui progressait. Puis, plus tristes, ce furent les mesurettes loufoques de refus de SALL de serrer les mains de ses collaborateurs, mais en sautant sur celles de ses visiteurs, comme le président Gambien, Adama Barrow.

Au total, une floraison de gaffes sans égales par comparaison avec ce que d’autres dirigeants, ailleurs, faisaient pour l’endiguer. Au point qu’on pouvait penser que le Sénégal avait choisi de se placer volontairement sur le chemin du coronavirus pour s’en faire contaminer.

Par le…coude
Le pire était devant. Comme un gamin dans une cour de récréation, SALL se mit, dit-on, à proposer aux sénégalais de se saluer par le…coude (décidément une hantise ou un levier en tout chez lui !).
Sur fond de scène, son ministre de la santé, d’habitude showman, sapeur Congolais perdu sous nos tropiques, se mit à tournoyer dans tous les sens sans avoir une quelconque autorité sur les chefs religieux qui continuaient de préparer leurs événements lucratifs sans tenir compte de sa fluette voix, tenue pour un amusant bruit de fond.
Imaginons un seul instant si c’était un Jean Collin, du haut de sa superbe, incarnation achevée de l’Etat, qui avait émis des ordres. Gageons qu’ils auraient été appliqués sans murmures dans le Sénégal entier!
Quel contraste avec le pantin Abdoulaye Diouf Sarr, à qui il ne manquait que des roulettes, et des casques de rappeur, se flattant de faire le tour des familles religieuses pour les “informer” de l’Etat de la pénétration du virus dans le pays.
Le comble de la débandade fut atteint lors du discours à une nation prostrée de peur face à l’inconnue, à la mort, par Macky SALL.
Revoyez les images comme je l’ai fait ce matin avant de coucher ces lignes. Elles étaient aussi tremblotantes que sa voix chevrotante. Tel un type constipé, assis au fond d’une salle sombre, les yeux rivés sur des écrits plus ânonnés que déclinés, entouré d’une bureaucratie le doigt sur la couture du pantalon, comme au temps des spartiates réunions du politburo du Parti communiste soviétique (PCUS) au Kremlin. On pouvait même se demander s’il ne cherchait pas à multiplier la peur dans le pays.
Dans ce discours sans souffle ni imagination, liste à la pervert, plus réactif que proactif, on se perdrait à vouloir trouver une seule réponse à la hauteur de la menace. Par exemple l’annulation des inutiles Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) et le versement des sommes prévues pour construire un stade et autres facéties vers un fonds de sursaut sanitaire.
Ce fut à la place une précipitation à tout fermer. Quitte à révéler l’état de faillite morale, mentale, de nos étudiants, se réjouissant d’avoir ainsi obtenu des congés impromptus.

Torero harcelé
On croyait avoir atteint le fond de l’abîme quand donc la nouvelle est tombée de la quasi-fermeture de notre espace aérien pour un mois.
Populiste, prise sous la pression d’une foule houspillant le torero SALL harcelé par le taureau coronavirus au milieu de l’arène, la mesure en est une fausse bonne.
Disons-le, sans ambages: elle va tuer ce qui reste de notre saison touristique, plomber l’économie nationale, précipiter la faillite des petites et moyennes entreprises, déstabiliser davantage des familles et personnes appauvries, promouvoir la criminalité et la dégradation des mœurs, fragiliser aussi les populations face à cette pandémie et aux autres maladies à l’affût dans le pays.
Que de grands États en ayant les moyens aient suspendu les vols mais en mettant en place d’importants soutiens financiers et des activités internes alternatives à leurs industries, ça peut se comprendre.
Ce qui est grave dans le cas du Senegal, c’est que, fiévreux, dépassé, ne maîtrisant pas son sujet, le pouvoir en place a cédé à la panique en ne comprenant pas qu’il aggravait la crise en fermant ses frontières aériennes.
Qu’on se le dise: le coronavirus est un mal qui sera endigué et donc ne mérite pas cet excès de précaution coûteuse.
Au plus, il n’a pas fait dix mille morts dans le monde entier…
Dans une Chine où la famine, causée en 1961 par l’échec du Grand Bond En Avant, stratégie agricole lancée par l’alors président chinois, Mao, avait fait des dizaines de millions de morts, l’irruption du coronavirus continue d’être gérée avec zen mais rigueur.
Chez nous, tel un apprenti chirurgien, opérant à la hache, Docteur Macky SALL découpe son patient avec des mains fiévreuses, sans science. Il ne se réveillera pas. Le peuple sénégalais, non plus, de sa lourde mais mauvaise thérapie contre une pandémie dont, au passage, il tente cyniquement de se servir pour faire oublier ses crimes économiques et politiques aussi, sinon plus, ravageurs.
Le pire arrive. Le pouvoir senegalais panique. Le peuple, apathique, complice de son malheur, trinque.
Les anglais disent: “We have come full circle”.
Devant le réveil des grands Etats-nations, l’une des conséquences majeures de cette pandémie originale, l’Etat-néant du Sénégal s’est tiré une balle pour rejoindre sa destination logique: le vide!
Le coup de grâce a été donné hier avec la fermeture précipitée de nos frontières aériennes. Damnation…

Adama Gaye, Le Caire 17 mars 2020

Ps: Puisque mes compatriotes disent qu’ils acceptent que la personne offensée a le droit de se venger, je tiens à les informer que je n’ai mandaté personne, surtout pas un membre quelconque de ma famille au Sénégal, à faire des démarches auprès de Macky ou Malick SALL. Quiconque l’a fait n’a pas eu ma bénédiction. Je n’ai pas choisi de payer le prix de mes convictions jusqu’à m’exiler pour que qui que ce soit, à mon insu, pour des intérêts privés, se serve de mon nom et torpille le sens de mon combat. Je ne l’accepte de personne et j’espère que cela n’a pas eu lieu. Cependant, mieux vaut prévenir que guérir.

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